Faire fortune avec Tik Tok, j’ai essayé…

Faire de Tik Tok son tremplin professionnel, beaucoup de créatrices d’activité et de contenus l’ont tenté. Le réseau social qui dispose d’une viralité surprenante et d’un monde parallèle avec sa monnaie et ses récompenses, laisse croire que la notoriété et la richesse sont à la portée de toutes. Vérité ou illusion ? 

woman wearing blue shirt while looking at her phone

Je peux désormais te confirmer que faire fortune sur Tik Tok est une illusion. Sauf si tu es prête à patienter des années ou à suivre les ordres donnés par la plateforme et à offrir ton corps, ton esprit et ta dignité pendant des heures au géant social.

Faire fortune sur Tik Tok, mythe ou réalité ? C’est une question que l’on a voulu décortiquer chez Speech ECHO pour comprendre si l’utilisation de ce réseau social devait faire partie de nos recommandations.

Difficile de passer à côté des réseaux sociaux lorsque l’on veut faire connaître sa nouvelle activité, ou du moins le nouveau chemin que l’on emprunte. Tik Tok est la plateforme qui devient une référence chez les professionnelles qui veulent lancer des mini-business, tester leur marque ou leur identité éditoriale. Le réseau n’est pas seulement dédié aux défis divers et variés, aux pranks ou aux conseils lifestyle. Beaucoup de femmes tentent d’utiliser le réseau pour renforcer leur personal branding ou élargir leur clientèle au monde entier. 

Autour de moi on me vante les mérites du réseau social.

« Tu obtiens des millions de vues en un temps express », m’explique une amie. « Si tu te mets à faire des live, tu obtiens rapidement une communauté qui te récompense avec des cadeaux et tu les transformes en argent. Si tu es régulière, c’est la fortune assurée », me détaille une proche.

Je suis assez étonnée, mais je me dis que tout bouge très vite et qu’en effet, désormais les réseaux sociaux offrent une vitrine à moindre coût pour n’importe quelle personne qui veut se faire entendre. Alors pour ne pas essayer l’outil en question ?

Je me dévoue dans l’équipe et propose de vendre mes idées et ma marque sur Tik Tok. Mon objectif était de voir comment il fallait opérer pour gagner ces fameux abonnés et les convertir en potentiels clients. Mon ascension sur la plateforme a été aussi fulgurante que la découverte de la réalité.

Tik Tok, le réseau social de la vitesse et du chiffre

Avant de me lancer, je fais ma petite enquête. Quelles sont les bonnes pratiques, les bonnes approches. 

Comme dans tout projet à réaliser, je me fixe un objectif clair : convertir 10% de mon audience en potentielle clientèle au bout d’un mois. En somme passer du virtuel au réel, le plus rapidement possible et toucher une cible féminine. Mon produit se base sur l’écriture et ses pouvoirs sur le mental et le bien-être. C’est une niche, mais justement on dit qu’il vaut mieux être spécifique et précis sur le réseau social.

Tik Tok dispose d’1,7 milliards d’utilisateurs. C’est sa force et son défaut. Cela signifie que l’audience dont on dispose est assez extraordinaire. Mais aussi, que l’on est soumis à une concurrence féroce. Même lorsque l’on est dans une niche.

Une fois mon guide pratique établi, je décide de me lancer vite. L’application offre tous les outils pour poster vite et constamment. Pas besoin de matériel pro ou de savoir monter des vidéos, tout se fait en un coup de main. Une idée fulgurante et tu peux poster dans la foulée. La qualité est demandée mais sincèrement pas indispensable. Je vois des personnes générer des millions de vues en faisant des vidéos depuis leur voiture et en livrant parfois des discours incompréhensibles. 

Au bout d’une semaine, je parviens déjà à obtenir plus 100 000 vues sur mes vidéos conseils. Les commentaires sont dithyrambiques, j’ai l’impression de changer la vie des gens. On me demande même en avance de publier un livre, un agenda avec conseils de vie au quotidien. On me dit que l’on voudrait me voir en conférence. Je me dis, « génial je veux devenir riche et célèbre si je maintiens le rythme. »

Mon nouvel objectif : obtenir mes 1000 abonné.es pour passer en live et là c’est sûr je vais générer des revenus.

1h30 de live Tik Tok : 0,02 cts d’euros

Encouragée par les chiffres, je ne m’arrête plus, je poste plusieurs fois par semaine et puis presque quotidiennement. Parfois plusieurs fois par jour. Je deviens addict au réseau, me convainquant que les notifications d’abonnements et de likes sont les preuves que je suis sur la bonne voie.

Pour m’améliorer je passe beaucoup de temps à scruter les autres comptes populaires. Je veux comprendre comment ils fidélisent leurs abonnés, s’ils gagnent réellement de l’argent. Je n’ai aucune preuve chiffrée, mais la profusion de réactions de leurs fans, la multiplication de lives dans la journée, finissent par me convaincre que c’est sûr ces comptes vivent de leur activité Tik Tok. D’ailleurs, mon discours change au fil de mon investissement sur la plateforme. Je finis par commencer toutes mes phrases par « tu sais sur Tik Tok », je raconte les histoire « des Tik Tokeurs » et je partage tel un savoir précieux les secrets des « business Tik Tok. »

Tik Tok devient mon monde. Ce qui devait être un levier de croissance devient ma raison de me lever.

Et puis je finis par atteindre les fameux 1000 abonnés qui me donnent accès au précieux live. Avant cela je n’ai rien gagné, ni prise de contact, ni demande de renseignement, 0 clics sur le mail en « call to action ». Je me dis qu’avec les lives tout va décoller.

Avant de me lancer je refais le travail d’enquête pour être sûre de mener le meilleur live possible. Donc je sacrifie encore plusieurs heures de mon temps. Je me mets à regarder tous les comptes Tik Tok qui, justement sont dédiés « aux conseils de réussite sur Tik Tok ». J’obtiens des informations vagues et contradictoires. « Utilise cette musique », « utilise ce template », « ne parle pas trop », « sois direct », « non prends ton temps, pour tes abonnés, ils sont un peu ta famille »…

Je nourris la bête et sature mon cerveau. Je décide d’arrêter et de me lancer. On apprend toujours mieux sur le terrain.

Premier live, je suis étonnée de réunir des milliers de personnes. Je les vois réagir, commenter. Pour jouer le jeu, j’ai défini des objectifs cadeau sur Tik Tok pour que les personnes qui me suivent me récompensent. Les objectifs sur la plateforme sont des cadeaux sous la forme d’icône « les coeurs », « le bracelet d’amitié », etc. Ce genre de terminologie très enfantine, qui me rappelle les belles images que l’on me donnait petite quand je rendais de bons devoirs à l’école.

Mes objectifs ne sont pas fous pour être sûre de gagner quelque chose. Ne pas être trop gourmande pour tester la machine. Après 1h30 de live où je ne m’arrête pas de parler et de donner des conseils qui, normalement devraient être facturés, je gagne la magnifique somme de 0,02 cts d’euros.

Je crois que ça se passe de commentaires.

J’ai travaillé 1h30 pour Tik Tok pour 0,02 cts d’euros. Le pire c’est que sur le moment je ne réalise pas que je me suis rendue esclave volontaire de la plate-forme. Je veux recommencer. 

Mon gain  ? Aucune conversion, mais une santé mentale inquiétante

Complètement engloutie par le système, je me dis que j’ai mal fait les choses. Je décide de me donner une seconde chance avec un nouveau live. Nouvelle préparation, nouvelles recherches. Je me promets de ne pas dépasser les 20 minutes de live pour susciter le désir et le sentiment que ma présence est rare.

Je double le nombre d’abonnés, mon audience est plus élevée que la fois précédente. Et cette fois attention, je gagne 0,07 cts d’euros. Je réitère l’expérience en variant les formats, en insérant du jeu-concours, en créant une liste VIP, etc.

Au final, je remporte quelques euros supplémentaires pour, je pense, environ 1 mois de travail à temps complet.

En résumé, j’ai payé de mon temps et de mon énergie pour travailler gratuitement pour Tik Tok.

En plus, une chose inquiétante s’installe. Je commence à entrer dans un tunnel d’angoisse. Je me sens  nulle, inefficace, j’ai besoin de vérifier constamment mes statistiques sur le réseau social. Je ne m’intéresse à plus rien à part le réseau social. Mon travail à côté en pâtit, je ne veux plus sortir, même mes proches voient mon incapacité à vivre dans la vie.

Je voulais utiliser la plateforme pour lancer un produit. J’y ai laissé ma santé psychique et physique.

Bilan : 100 vidéos postés, 1000 abonnés, 1 000 000 de vues et 3 euros de gains

Je décide de clôturer l’expérience. J’en ai assez appris. Chez Speech ECHO on m’ordonne d’arrêter cela, de prendre quelques jours pour me remettre. Mes proches me supplient de couper le téléphone pendant plusieurs jours et de désinstaller l’application.

Une fois la tête plus froide, je me rends compte que j’étais allée très loin. Je suis choquée quand je regarde mon reporting. En somme j’ai posté 100 vidéos de contenus de qualité et utile, qui a été visionné 1 000 000 de fois, mais seulement les 3 premières secondes. J’ai gagné au total 3 euros. J’ai dû travailler autour de 140 heures sur ce projet.

Je n’en ai rien retiré. Ni humainement, ni professionnellement. Je me suis plongée pendant un mois de ma vie dans ce qu’appelle la chercheuse Asma Mhalla, « la culture du vide ». Auteure de l’essai, « Technopolitique – Comment la technologie fait de nous des soldats », elle explique brillamment dans ce livre et dans ses interviews ce que j’ai accepté de vivre. De devenir un soldat docile prêt à travailler sans limites et gratuitement au fonctionnement du système Tik Tok.

Je t’invite d’ailleurs à l’écouter  :

J’ai donc ma réponse. Non on ne fait pas fortune grâce à Tik Tok. On peut gagner en notoriété et éventuellement gagner quelque chose mais seulement à la condition de devenir un esclave de la plateforme prêt à consacrer son temps, son argent et ses idées pendant des heures, des mois voire des années à Tik Tok. Cette fidélité nocive peut rapporter à très long terme et de manière très éphémère.

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